WE Sanglier J1 – Pointe de Tricot

WE Sanglier J1 – Pointe de Tricot

Je vous propose un flash-back pour revenir aux 20 et 21 février de cette année. Une fois n’est pas coutume, après la première édition l’année précédente, voici le second opus du « WE Sanglier », nommé ainsi du fait de la finesse naturelle des deux participants, Pilou & Joris. L’année dernière, nous avions gravi la Dent Parrachée, j’avais déjà écrit un article à ce propos.

Le principe est simple, tout donner durant un WE et s’offrir des ascensions remarquables. Nous avons repéré depuis quelques temps un couloir d’exception, le Grand Couloir W du Buet. Les conditions semblent bonnes pour s’y frotter, allons-y ! Comme il n’existe pas tellement de refuge d’hiver dans ce secteur, nous rentrerons à la maison entre les deux jours. Nous irons dimanche ; samedi, pour nous mettre en jambes, Pilou propose la Pointe de Tricot, située sous l’Aiguille de Bionnassay, qui elle-même est sous le Mont Blanc. Cette pointe ne paie pas de mine en soi, d’autant plus qu’elle est éclipsée par le gigantisme des sommets alentours, mais elle offre de belles possibilités de ski. Nous nous orientons sur la face Nord, un véritable dédale ou trouver son chemin pourra se révéler plus compliqué que la pente en elle-même.


Départ 6h45 d’Annecy, arrivée sur le parking du village de Bionnassay vers 8h ou l’on chausse les skis. La première partie est facile mais… Encore faut-il trouver son chemin ! Nous finissons par traverser un torrent par-dessus un pont de neige qui n’inspirait pas forcément 100% confiance, puis dré dans l’pentu à travers une forêt plus ou moins encombrée. Au moins nous savons que nous allons dans la bonne direction. La neige a bien transformé, elle est dure comme le béton après la nuit froide. La chaleur exceptionnelle de ce mois de février est passée par là. Heureusement, elle devrait ramollir lorsqu’on descendra.

On arrive en vue de la face en sortant de la forêt. Le cheminement n’a effectivement pas l’air évident. On tâche de repérer au mieux par ou on devra passer, mais ce n’est pas si simple car la perspective peut jouer des tours et des passages qui semble impraticable peuvent se révéler possibles et inversement. Bon, on verra bien !


Nous quittons les traces de ski dans la neige qui continuent en direction du Col de Tricot, pour nous engager vers les contreforts de la face Nord. Désormais nous ne voyons plus de vestige de passage, nous sommes livrés à nous-même. Nous montons autant que possible en ski, puis la pente devient trop importante et nous troquons les skis pour les crampons. On traverse sous un rognon rocheux dans une pente à 50° puis c’est dré dedans pour 500m à 45° et plus ! La neige porte bien, sa consistance est idéale pour monter. Pilou se charge de faire la trace les 250 premiers mètres, puis je prends le relais. L’ambiance est sensationnelle, nous serpentons dans une pente plutôt constance entre les rochers. La chute n’est pas permise, nous sommes rapidement exposés par-dessus des barres rocheuses. Nous sommes concentrés, mais pas inquiet pour autant, nous maitrisons ce que nous faisons.

Après 2h d’ascension, nous ne sommes pas bien sûr d’où poursuivre. Quand on est le nez dedans, c’est dur de prendre du recul et ce que l’on voit sur la photo du topo ne nous fait pas tellement écho par rapport à ce que l’on voit sur place.

On repère une rampe de neige qui sort du bon côté, on se dirige dans cette direction, mais on se dit arrivé en bas que ça sort trop tôt et que ce n’est pas le bon itinéraire. On regarde au-dessus de nous, difficile d’imaginer un chemin, toutes les langues de neiges qui montent semblent bloquées par des rochers. On finit par effectuer une traversée scabreuse, pensant que ça pouvait passer de l’autre côté. Bon, je n’étais vraiment pas convaincu, et finalement, après 15 minutes de marche on doit se rendre à l’évidence, il n’y a pas d’autre passage, notre première intuition était la bonne. On retourne sur nos pas et on remonte la rampe pour déboucher au soleil. Quel plaisir après 2h30 passé à l’ombre de cette face Nord (pas de soleil au nord en février !). Il nous reste encore 150m pour le sommet, que l’on atteint sans problème par des pentes plus « douces » ; environ 35-40° tout de même.


La vue est sublime d’en haut, un panorama d’exception sous un grand ciel bleu. On repère en face le refuge du Gouter, qui brille au soleil, perché en bordure du glacier au-dessus d’une imposante falaise. S’en suit le Mont Blanc, l’Aiguille de Bionnassay, les Dômes de Miage… Les Aravis, le Haut-Giffre et les Aiguilles Rouges de l’autre côté. On profite du soleil, on avale un sandwich mais on n’oublie pas qu’on est seulement à la moitié du chemin. Sans plus attendre, on enfile les lattes et c’est parti !


On arrive rapidement à l’entrée de la face. Pilou s’engage doucement dedans pour tester la stabilité de la neige. J’attends qu’il se soit mis à l’abri avant d’y aller à mon tour. Dans ce genre de terrain, afin de limiter les dégâts en cas de problème, nous y allons chacun notre tour et nous attendons à chaque fois dans un endroit sûr. Cela signifie que si le second déclenche une avalanche ou fait tomber des pierres, le premier ne doit pas être dans la trajectoire. Je me lance, la neige est bonne, mais je constate rapidement qu’une couche de neige dure d’environ 10cm repose sur une couche fragile ; ce qui fait partir cette plaque sous mes skis. Je descends doucement et laisse la neige couler sous moi pour éviter de me retrouver sous une quantité trop importante de neige glissante.

Après 50m de descente, la neige devient plus stable ; c’est souvent prêt des cols et des crêtes que ce forme ce genre d’accumulation par le travail du vent. Nous devrions être tranquille pour le reste de la descente ! Pour la suite, nous suivons nos traces de montée, et tout se déroule comme sur des roulettes, ou plutôt des spatules ! Au pied de la face, nous constatons de nouveau l’ampleur de ce chantier, nous sommes bien fières d’en être arrivé à bout !


C’est aussi ma première descente dans ce niveau de difficulté : 5.2. Le système de cotation pour le ski comprend cinq niveaux. Les 4 premiers ont trois subdivisions (exemples : 2.3 ou 3.1). Le 5e niveau est ouvert vers le haut.

  • Ski 1.x : Niveau initiation.
  • Ski 2.x : Peu de difficultés techniques. Pas de pente forte.
  • Ski 3.x : Présence de passages techniques. Potentiels passages raides.
  • Ski 4.x : Ski de couloir ou pente raide : Pentes à 40 ou 45° sur plus de 200 m.
  • Ski 5.x : Ski extrême, pente à 45°/50° sur plus de 300 m ou de plus de 50° sur 100 m.

Aujourd’hui, il existe quelques lignes en 5.6 pour les énervés de la discipline, ce qui correspond à ce qui se fait de plus dur en ski. Le 5.4 et le 5.5 sont toujours des itinéraires très techniques et bien souvent exposés. Le 5.2 est plus abordable, mais ça reste assez demandant.

Le retour à la voiture se fait sans encombre. Finalement, nous avons grimpé environ 1500m D+ dont 500m dans le raide. Je vous laisse découvrir la journée en vidéo !


De retour à la maison, je retrouve Clément, Triquet et Aurélie déjà à l’apéro. Car oui, les copains de Compiègne sont à Annecy sur le WE pour skier. Je suis bien claqué de la journée, mais à ce qu’on dit, la bière ça requinque, non ? Bon, la nuit s’annonce courte, comment mieux se préparer pour la grosse bambée du lendemain ? Le topo annonce « Itinéraire d’envergure qui demande de l’engagement ». Et en général ils ne rigolent pas dans les topos de ski de pente raide. Les mecs qui les écrivent se mangent 3000m de dénivelé au petit dej’ avant d’enchainer sur un marathon en moins de 3h histoire d’être rentré à 18h pour l’apéro. Bon, on sait pourquoi on signe au moins, on va en c****.

La suite dans quelques jours…

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